Une étude révèle une signature immunitaire commune entre la dépression et la dermatite atopique

Des chercheurs de l’Icahn School of Medicine at Mount Sinai ont observé que le trouble dépressif majeur partage des anomalies immunitaires avec la dermatite atopique, notamment une activation de la voie Th2. L’équipe prévoit de tester dupilumab dans un essai clinique visant à évaluer son potentiel à améliorer les symptômes dépressifs.

Des chercheurs de l’Icahn School of Medicine at Mount Sinai ont mis en évidence un chevauchement entre les profils immunitaires sanguins de patients souffrant de dépression et ceux de maladies cutanées inflammatoires, soulignant l’axe Th2 comme cible thérapeutique potentielle. Dans des résultats publiés dans Molecular Psychiatry, ils rapportent que le profil protéomique sérique de patients atteints de trouble dépressif majeur (MDD) présente des anomalies immunitaires clés communes avec les maladies cutanées inflammatoires — en particulier l’activation de l’axe immunitaire des lymphocytes T auxiliaires de type 2 (T helper 2, Th2), impliqué dans la dermatite atopique.

Ces travaux s’ajoutent à une littérature croissante suggérant que la dépression, longtemps conceptualisée principalement comme un trouble de la neurotransmission, pourrait également impliquer une dérégulation immunitaire cliniquement pertinente. Pour les cliniciens, l’étude est notable non seulement par ses implications mécanistiques, mais aussi par son ambition thérapeutique : l’équipe se prépare à tester si dupilumab, un biomédicament approuvé par la FDA pour la dermatite atopique et ciblant le récepteur alpha de l’interleukine-4 (IL-4Rα), peut améliorer les symptômes dépressifs chez des patients atteints de MDD.

Le trouble dépressif majeur touche des millions de personnes dans le monde et demeure réfractaire au traitement chez une proportion importante de patients. Bien que les antidépresseurs monoaminergiques restent le traitement de première intention, des preuves de plus en plus nombreuses étayent l’existence d’une communication bidirectionnelle entre le système immunitaire et le système nerveux central dans les troubles liés au stress. Des marqueurs inflammatoires élevés, des profils de cytokines modifiés et des changements de populations cellulaires immunitaires ont tous été décrits dans certains sous-groupes de patients atteints de MDD. Toutefois, la traduction de ces résultats en interventions ciblées, modifiant l’évolution de la maladie, s’est révélée difficile.

À l’inverse, la dermatologie a connu des avancées rapides au cours de la dernière décennie. L’immunophénotypage des maladies dans des affections telles que le psoriasis et la dermatite atopique a conduit au développement de thérapies biologiques ciblées qui modifient substantiellement la trajectoire de la maladie. Dupilumab (Dupixent; Sanofi and Regeneron), un anticorps monoclonal dirigé contre la sous-unité IL-4Rα, inhibe la signalisation de l’IL-4 et de l’IL-13 — des moteurs clés de la voie Th2 — et a été le premier biologique approuvé par la FDA pour un traitement au long cours de la dermatite atopique modérée à sévère.

Dans le but d’appliquer un modèle translationnel similaire à la psychiatrie, l’équipe de Mount Sinai a réuni des experts en psychiatrie, dermatologie et neurosciences. Les chercheurs ont d’abord comparé les profils protéomiques sanguins de patients atteints de MDD à ceux de patients atteints de dermatite atopique, de psoriasis, ainsi qu’à des témoins sains. Ils ont constaté que les patients atteints de MDD présentaient une polarisation vers la voie Th2 et une dérégulation de protéines liées à l’immunité et au système neurovasculaire, similaires aux profils observés dans la dermatite atopique.

Ce recoupement suggérait une voie potentiellement exploitable sur le plan thérapeutique. Pour en explorer les implications, l’équipe a mené une analyse in silico de repositionnement de médicaments. À l’aide de modélisation informatique, ils ont examiné si des agents biologiques couramment utilisés en dermatologie pouvaient inverser la signature protéomique dérégulée observée dans le MDD.

Cette approche computationnelle a identifié dupilumab comme ayant un effet significatif sur la signature du trouble dépressif majeur, en inversant la dérégulation de plusieurs protéines inflammatoires liées à la signalisation Th2. Directement à partir de ces résultats, l’équipe lancera prochainement un nouvel essai clinique afin d’évaluer si le ciblage de la voie Th2 par dupilumab peut améliorer les symptômes dépressifs chez des patients atteints de trouble dépressif majeur.

Pour compléter les données protéomiques et computationnelles, les chercheurs se sont tournés vers un modèle murin bien établi de la dépression : le stress chronique de défaite sociale.

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References

  1. Study Links Depression to Atopic Dermatitis–Related Immune Signature · www.dermatologytimes.com
  2. Study Links Depression to Atopic Dermatitis–Related Immune Signature · dermatologytimes.com