L’APA trace une voie vers des biomarqueurs en psychiatrie avec une nouvelle grille conceptuelle
En janvier 2026, l’American Psychiatric Association a publié une feuille de route pour l’avenir du DSM, évoquant l’intégration de biomarqueurs et un possible changement de nom en *Diagnostic and Scientific Manual*. Une nouvelle grille conceptuelle propose de s’appuyer sur les signaux électriques et chimiques pour expliquer les troubles mentaux, développer des biomarqueurs d’ici 2030 et aborder la nosologie de l’intelligence humaine à l’ère de l’IA.
L’American Psychiatric Association a publié une série d’articles proposant une feuille de route pour l’avenir du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders. Ces cinq articles, publiés le 28 janvier 2026, comprennent l’Initial Strategy for the Future of the DSM et quatre commentaires associés, issus d’une année de débats structurés au sein du comité et de la prise en compte de critiques de longue date ainsi que de progrès scientifiques rapides.
Les articles proposent un modèle prospectif pour l’évolution du DSM et suggèrent de changer son nom, de Diagnostic and Statistical Manual à Diagnostic and Scientific Manual, afin de mieux refléter sa portée scientifique et mondiale. Les quatre articles associés portent sur la structure et les dimensions du DSM ; le rôle des biomarqueurs et des facteurs biologiques dans le diagnostic ; une vision visant à intégrer les déterminants socioéconomiques, culturels et environnementaux de la santé ainsi que l’intersectionnalité ; et le rôle du fonctionnement et de la qualité de vie dans le diagnostic psychiatrique.
Un nouvel article publié le 11 février 2026 dans JAMA Psychiatry, intitulé One-Year Actigraphy Study of Sleep and Rest-Activity Rhythms as Markers of Relapse in Depression, a examiné si les mesures du sommeil et des rythmes repos-activité issues de l’actigraphie sont associées aux rechutes de la dépression. Dans cette étude de cohorte portant sur 93 adultes au phénotypage approfondi dont la dépression était en rémission, une régularité du sommeil de base plus faible, une amplitude relative plus faible, une efficacité du sommeil plus faible, ainsi qu’un temps d’éveil après l’endormissement plus élevé, étaient associés à un risque de rechute environ 2 fois plus élevé. Une amplitude relative plus faible est demeurée prédictive après ajustement sur les scores concomitants de la Montgomery-Åsberg Depression Rating Scale. Les résultats suggèrent que les métriques d’actigraphie pourraient constituer des biomarqueurs évolutifs, utilisables à grande échelle, pour identifier les personnes présentant un risque plus élevé de rechute, soutenant ainsi l’utilisation des technologies numériques pour la surveillance des rechutes.
Les personnes ayant un profil de sommeil plus irrégulier présentaient un risque de rechute presque doublé. Le prédicteur le plus fort de la rechute était le fait que l’organisme d’une personne détecte une moindre différence entre l’activité diurne et le repos nocturne. Le temps passé éveillé pendant la nuit après s’être déjà endormi prédisait également une augmentation du risque de rechute dépressive. Les horaires de sommeil des participants devenaient plus erratiques avant la survenue d’une rechute.
Un cadre conceptuel intitulé Conceptual Biomarkers and Theoretical Biological Factors for Psychiatric and Intelligence Nosology propose que les signaux électriques et chimiques constituent les options les plus probables pour des biomarqueurs, compte tenu des données empiriques étayant cette hypothèse en neurosciences. Le cadre va au-delà des neurones pour s’intéresser aux signaux électriques et chimiques, en explorant l’idée que, dans des amas de neurones, les signaux électriques et chimiques sont organisés en ensembles, et que ce sont ces ensembles qui mécanisent et spécifient les fonctions. Il affirme que les neurones sont des conduits ou des ponts que les signaux utilisent pour exécuter des fonctions, et que les signaux sont en ensembles au sein d’amas de neurones.
Le cadre propose qu’il soit possible d’utiliser les signaux, sur le plan conceptuel, pour expliquer et représenter tous les troubles du DSM. D’ici 2030, il est possible qu’un nouveau Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders voie le jour, mis à jour par rapport à l’édition actuelle, la cinquième édition, texte révisé. L’objectif est de faire évoluer la psychiatrie vers des composantes et leurs mécanismes dans le cerveau, puis d’ouvrir ainsi la voie au développement de biomarqueurs des troubles mentaux avant la fin de la décennie.
Le cadre aborde également la nosologie de l’intelligence humaine. Il n’existe pas d’équivalent du DSM pour l’intelligence humaine. Les neurosciences ne disposent pas d’une définition de ce qu’est l’intelligence humaine, de ses types ou de ses mécanismes cérébraux. Le cadre propose qu’il soit possible d’utiliser les signaux électriques et chimiques pour développer, expliquer et représenter les deux principaux types d’intelligence humaine : l’intelligence d’amélioration et l’intelligence opérationnelle, afin d’élargir les options en faveur de la survie à l’ère de l’IA.
Une analyse du 17 février 2026 dans The Atlantic, intitulée AI Agents Are Taking America by Storm, indiquait que certains universitaires testent la capacité de Claude Code à générer de manière autonome des articles ; d’autres utilisent des agents pour la recherche en biologie. Des journalistes ont expérimenté Claude Code pour rédiger de zéro des articles fondés sur les données, et plus tôt ce mois-ci, un duo a utilisé le bot pour créer un concurrent factice de Monday.com, une entreprise de logiciels cotée en bourse valorisée à des milliards. En moins d’une heure, ils disposaient d’un prototype fonctionnel. Bien que la qualité réelle de l’ensemble de ces articles et analyses générés par l’IA reste incertaine, les progrès sont à la fois stupéfiants et alarmants.
Il est possible de réaliser cette nouvelle nosologie pour la psychiatrie et l’intelligence humaine avant le 31 août 2026. Ce travail fondateur sur une science conceptuelle du cerveau pourrait faire progresser la psychiatrie et l’intelligence, ainsi que la neurologie.