Effets indésirables des traitements du cancer du sein : cardiotoxicité et enjeux de santé osseuse
Des études récentes évaluent des stratégies d’autogestion, notamment l’exercice, pour atténuer la cardiotoxicité liée aux traitements du cancer du sein. Par ailleurs, une revue met en garde contre un risque sous-estimé de fractures vertébrales spontanées après l’arrêt de denosumab chez des patientes traitées par inhibiteurs de l’aromatase, avec un intérêt potentiel pour une séquence incluant des bisphosphonates.
Une étude récente publiée dans l’Asia-Pacific Journal of Oncology Nursing a examiné si la mise en œuvre d’interventions d’autogestion pouvait réduire les cardiotoxicités liées aux traitements anticancéreux chez des survivantes d’un cancer du sein. Une équipe de chercheurs chinois a mené l’étude et a expliqué que les cardiotoxicités induites par les traitements peuvent « entraîner des complications cardiovasculaires à long terme qui altèrent la qualité de vie (QoL) et la survie », soulignant l’importance de développer des stratégies de prise en charge des toxicités liées aux traitements afin de soutenir la santé cardiovasculaire des patientes atteintes d’un cancer du sein tout au long de la survie.
Les investigateurs ont sélectionné des études réalisées entre janvier 2004 et novembre 2024 à partir de six bases de données en langue anglaise. Onze essais randomisés contrôlés ont été retenus, représentant au total 950 patientes. Les investigateurs ont réparti les patientes des études en un groupe d’intervention d’autogestion (n=516) et un groupe témoin (n=434). Le groupe d’intervention a bénéficié d’interventions d’exercice aérobie ou de renforcement musculaire, et le groupe témoin a reçu les soins habituels.
Selon les résultats, « la méta-analyse a indiqué que les interventions d’exercice amélioraient significativement le VO2peak (MD = 2.71, 95% CI 1.23 to 4.20, P < 0.001) et la fraction d’éjection du ventricule gauche (MD = 1.80, 95% CI 0.06 to 3.54, P = 0.043), bien que l’hétérogénéité ait été importante ». Toutefois, les chercheurs ont également souligné que « l’efficacité de l’exercice sur les critères secondaires reste incertaine » et que « le cadre GRADE a évalué la certitude des preuves comme très faible ».
Les auteurs de l’étude ont insisté sur le fait que « l’exercice s’est imposé comme la stratégie d’autogestion la plus fréquemment utilisée pour atténuer la cardiotoxicité induite par les traitements chez les survivantes d’un cancer du sein ». Ils ont conclu que « les données indiquent que l’exercice structuré peut contribuer à atténuer la cardiotoxicité induite par les thérapies anticancéreuses, le VO2peak apparaissant comme un marqueur plus sensible que la fraction d’éjection du ventricule gauche ».
Dans un développement distinct, une revue narrative publiée dans Osteoporosis International par le groupe de travail sur les maladies osseuses induites par le cancer du Committee of Scientific Advisors de l’International Osteoporosis Foundation (IOF) avertit que les femmes atteintes d’un cancer du sein à un stade précoce, positif aux récepteurs des œstrogènes, qui arrêtent le denosumab après une thérapie par inhibiteurs de l’aromatase peuvent être exposées à un risque important et insuffisamment reconnu de fractures vertébrales spontanées.
Les inhibiteurs de l’aromatase constituent une pierre angulaire du traitement adjuvant du cancer du sein hormono-dépendant, réduisant significativement les récidives et la mortalité. Toutefois, en supprimant la production d’œstrogènes, les inhibiteurs de l’aromatase peuvent accélérer la perte osseuse et augmenter le risque de fracture. Pour y faire face, des traitements anti-résorptifs tels que denosumab ou les bisphosphonates sont largement recommandés.
Denosumab dispose de preuves solides pour la prévention des fractures pendant la thérapie par inhibiteurs de l’aromatase ; néanmoins, à la différence des bisphosphonates, ses effets protecteurs s’inversent rapidement à l’arrêt du traitement. Les auteurs de la revue avertissent que l’arrêt de denosumab peut déclencher un « phénomène de rebond » caractérisé par un remodelage osseux rapide, une perte osseuse et potentiellement des fractures vertébrales multiples — y compris chez des femmes sans ostéoporose préalable ni facteurs de risque traditionnels de fracture.
La revue souligne que le remodelage osseux augmente fortement après le sevrage de denosumab, entraînant une perte rapide de la densité minérale osseuse. Des fractures vertébrales spontanées — souvent multiples et regroupées au niveau du rachis thoraco-lombaire — ont été rapportées après l’arrêt de denosumab chez des femmes traitées par inhibiteurs de l’aromatase. Le risque de fracture pourrait être sous-estimé car de nombreuses femmes concernées n’avaient pas d’ostéoporose au début de la thérapie anticancéreuse.
Un consensus d’experts soutient l’initiation d’un traitement par bisphosphonates après l’arrêt de denosumab, même si le médicament optimal, la dose, le calendrier d’administration et la durée restent à définir. Les auteurs ont souligné que débuter denosumab chez des femmes recevant des inhibiteurs de l’aromatase ne devrait jamais être envisagé comme une décision isolée, mais plutôt comme une composante d’une séquence thérapeutique planifiée anticipant l’arrêt du traitement. Ils ont également mis en avant des difficultés pratiques telles que les retards d’administration de denosumab, l’accès limité aux bisphosphonates dans certains pays et les difficultés de prise en charge chez les patientes présentant des contre-indications aux bisphosphonates.
Malgré une reconnaissance croissante du problème, les auteurs ont noté qu’il subsiste de nombreuses questions de recherche ouvertes auxquelles de futures études prospectives devront répondre afin de personnaliser le traitement anti-résorptif le plus approprié pour chaque patiente.