Les thérapies anticancéreuses expérimentales vont des vaccins à ARNm aux bactéries modifiées et aux cellules CAR T
Des scientifiques évaluent plusieurs thérapies anticancéreuses expérimentales, dont des vaccins thérapeutiques à ARNm, des bactéries EcN modifiées capables de délivrer Romidepsin chez la souris et une thérapie par cellules CAR T ciblant les macrophages. Ces approches restent à un stade précoce et nécessitent encore des études chez l’être humain.
Les scientifiques travaillent sur plusieurs stratégies expérimentales pour lutter contre le cancer, notamment des vaccins thérapeutiques à ARNm, des bactéries probiotiques modifiées agissant comme des usines à médicaments ciblant les tumeurs, et une thérapie expérimentale par cellules CAR T ciblant les macrophages tumoraux. Ces approches en sont encore à un stade précoce de développement : les vaccins personnalisés sont décrits comme prometteurs, la souche modifiée d’Escherichia coli Nissle 1917 a été testée chez la souris, et la thérapie centrée sur les macrophages a produit des résultats remarquables dans des modèles précliniques de cancer métastatique de l’ovaire et du poumon.
Les scientifiques travaillent au développement de vaccins à ARNm destinés à combattre le cancer une fois celui-ci détecté. Ces vaccins seraient considérés comme des « vaccins thérapeutiques » plutôt que comme des vaccins préventifs. Une fois le cancer apparu, il est possible de concevoir un vaccin ciblant certaines des protéines uniques et d’autres éléments que les cellules cancéreuses présentent à l’organisme, ce qui permet au système immunitaire d’être stimulé et de cibler ces antigènes cancéreux très spécifiques exposés par les cellules.
Bien que certains cancers possèdent des antigènes communs, la technologie de l’ARNm pourrait rendre les vaccins personnalisés réalisables. Un médecin pourrait prélever un échantillon des cellules cancéreuses d’un patient et concevoir un vaccin ciblant son cancer spécifique. La rapidité avec laquelle ces vaccins peuvent être fabriqués est véritablement sans équivalent. Ces vaccins en sont à un stade précoce de développement, mais ils sont extrêmement prometteurs. Il existe actuellement deux vaccins qui préviennent effectivement certains cancers : le vaccin contre l’hépatite B administré aux nourrissons et le vaccin contre le HPV destiné aux préadolescents et aux adolescents.
Une autre approche repose sur une thérapie assistée par bactéries et ciblée sur la tumeur. De nouvelles données publiées le 17 mars dans PLOS Biology ont montré qu’Escherichia coli Nissle 1917 (EcN) peut être modifiée pour transporter des composés anticancéreux et cibler les tumeurs chez la souris. L’équipe a modifié cette souche probiotique afin qu’elle puisse produire Romidepsin (FK228), un médicament approuvé par la FDA ayant des propriétés anticancéreuses, puis a créé un modèle murin en introduisant des cellules tumorales de cancer du sein et a traité les souris avec les bactéries modifiées.
Les expériences ont montré qu’EcN était capable de s’accumuler à l’intérieur des tumeurs et d’y libérer Romidepsin FK228, aussi bien dans des conditions de laboratoire que chez l’animal vivant, dans différentes conditions. Cela a permis aux bactéries de fonctionner comme un traitement ciblé, en délivrant le médicament directement sur les sites tumoraux. Les auteurs ont indiqué que la colonisation tumorale par EcN agit en synergie avec l’activité anticancéreuse de Romidepsin pour former une thérapie anticancéreuse à double action. Cette approche n’a pas encore été testée chez l’être humain, et de futures études devront examiner les effets indésirables possibles ainsi que les stratégies permettant d’éliminer les bactéries en toute sécurité après le traitement.
Les chercheurs ont également mis au point une immunothérapie expérimentale qui s’attaque au cancer métastatique en se concentrant sur les cellules qui entourent et protègent les cellules cancéreuses. Les résultats ont été publiés dans Cancer Cell, et la thérapie a été testée dans des modèles précliniques agressifs de cancer métastatique de l’ovaire et du poumon. Au lieu d’attaquer directement les cellules cancéreuses, le traitement cible les macrophages tumoraux, des cellules immunitaires qui agissent comme des gardiens des cellules cancéreuses.
Pour contrer ce phénomène, l’équipe de recherche a créé une thérapie conçue pour éliminer les macrophages tumoraux tout en préservant les macrophages sains. Cette approche utilise des cellules CAR T, produites à partir des propres lymphocytes T du patient, et les chercheurs ont modifié ces cellules CAR T afin qu’elles libèrent de l’interleukine-12, une puissante molécule activatrice de l’immunité qui stimule les lymphocytes T tueurs. Chez des souris atteintes de cancers métastatiques du poumon et de l’ovaire, le traitement par ces cellules CAR T modifiées a produit des résultats remarquables. Les animaux ont vécu plusieurs mois de plus, et beaucoup ont été complètement guéris.
Une analyse utilisant des techniques avancées de génomique spatiale a montré que la thérapie remodelait le microenvironnement tumoral. Les cellules immunosuppressives ont diminué, et des cellules immunitaires capables d’attaquer le cancer ont été attirées dans la tumeur. Les chercheurs ont indiqué que des études chez l’être humain restaient nécessaires pour déterminer si la thérapie serait sûre et efficace pour les patients, et ont décrit ces résultats comme une preuve de concept plutôt qu’un traitement curatif.