Les radiopharmaceutiques et la théranostique gagnent du terrain dans le traitement du cancer
Les radiopharmaceutiques s’imposent comme une classe thérapeutique prometteuse en oncologie, avec un intérêt croissant pour les approches théranostiques qui associent diagnostic et traitement. Les grands laboratoires multiplient les acquisitions à plusieurs milliards de dollars, tandis que le financement en capital-risque atteint des niveaux record.
Les radiopharmaceutiques suscitent un regain d’intérêt au cours de la dernière décennie au-delà de leurs rôles antérieurs d’agents diagnostiques, à la suite du succès commercial et scientifique de la dernière génération de radioligands thérapeutiques ciblés. Alors que le marché de l’oncologie entre dans une nouvelle ère de croissance, les thérapies ciblées, selon plusieurs modalités, transforment le paradigme de prise en charge, et les radiopharmaceutiques attirent l’attention des grands laboratoires pharmaceutiques comme des investisseurs.
Novartis a été le pionnier de cette classe thérapeutique : l’entreprise a été la première à obtenir une autorisation aux États-Unis pour une thérapie par radioligand (radioligand therapy, RLT) avec Lutathera (lutetium Lu 177 dotatate) en 2018. Lutathera et la deuxième RLT approuvée de Novartis, Pluvicto (lutetium Lu 177 vipivotide tetraxetan), sont toutes deux des blockbusters ; selon les prévisions, elles devraient rapporter à l’entreprise 1,1 milliard de dollars et 5,1 milliards de dollars en 2031, respectivement.
D’autres géants de la pharmacie, tels que Eli Lilly, AstraZeneca et Bristol Myers Squibb, cherchent à reproduire ce succès au travers de leurs propres programmes de RLT. Entre 2023 et 2024, les trois entreprises ont racheté Point Biopharma, Fusion Pharmaceuticals et RayzeBio, respectivement, dans le cadre de transactions de plusieurs milliards de dollars afin de prendre pied sur ce créneau. Lilly a toutefois mis fin au développement de AC-225-PSMA-62 dans le cancer de la prostate, le médicament n’ayant pas répondu aux attentes en matière d’efficacité.
L’intérêt pour les RLT semble être partagé par les investisseurs : le financement en capital-risque des radiopharmaceutiques a atteint un record de 408 millions de dollars en 2023 — un montant qui a continué de progresser en 2024, avec une hausse de 330 % du capital-risque au T1 2024 par rapport au premier trimestre 2023.
Alors que les produits radiopharmaceutiques diagnostiques et thérapeutiques enregistrent chacun leurs succès, l’attention se porte sur la manière de combiner ces techniques afin de permettre des traitements précis, guidés par l’imagerie, en oncologie. C’est de ce concept qu’est née la théranostique radiopharmaceutique — qui associe un radioligand à un isotope radioactif visible à l’imagerie.
En combinant diagnostic et traitement, les radiopharmaceutiques théranostiques présentent un potentiel important dans de nombreux types de tumeurs solides. « Les marchés des cancers neuroendocriniens et de la prostate ne sont que la partie émergée de l’iceberg », selon un associé du secteur de la santé et spécialiste de médecine nucléaire au sein d’une société d’investissement.
Un CMO d’une biotech spécialisée dans les radiopharmaceutiques souligne que la théranostique peut renforcer la confiance lors de la prise en charge des patients. « Avec la théranostique, un médecin peut orienter un patient vers une imagerie et voir l’étendue de sa maladie. Il peut ensuite exposer précisément les tumeurs aux rayonnements grâce à la charge utile radioactive, qui ira aux emplacements exacts mis en évidence à l’examen. »
Un CEO d’une biotech axée sur les RLT et le diagnostic affirme que la théranostique représente une opportunité à mesure que l’oncologie s’éloigne de l’approche “taille unique”. « Elle crée de la valeur en permettant une meilleure sélection des patients, la capacité de suivre de façon dynamique la réponse afin d’adapter le traitement, et le potentiel de meilleurs résultats avec moins d’effets hors cible. »
Les RLT se distinguent également d’autres thérapies reposant sur des charges utiles toxiques, comme les conjugués anticorps-médicament (antibody-drug conjugates). « L’aspect unique des radiopharmaceutiques est qu’ils constituent des marqueurs moléculaires, ce qui permet une forte spécificité du traitement », selon un CEO d’une biotech centrée sur la radiopharmacie.
Malgré le succès grandissant de cette modalité, les entreprises qui souhaitent exploiter son potentiel en oncologie se heurteront à des obstacles de développement, de réglementation, de remboursement et de commercialisation qu’il faudra surmonter. Lors du développement de tout médicament, les entreprises doivent franchir une multitude d’étapes réglementaires pour obtenir l’autorisation. Toutefois, l’utilisation d’un radioisotope dans une thérapie ajoute un niveau supplémentaire de complexité, car les autorités de réglementation du médicament et du nucléaire doivent partager la conduite de l’évaluation.
La dosimétrie est l’une des considérations les plus importantes aux premiers stades cliniques et au-delà. « La dosimétrie permet d’apprécier si la dose administrée est la bonne pour traiter le cancer. Elle aide aussi à déterminer la captation d’un radiopharmaceutique dans les organes sains afin d’identifier d’éventuels effets indésirables », selon un CMO d’une biotech spécialisée dans les radiopharmaceutiques.